Alain Boder (A. B.) a atteint l’âge de la retraite en novembre dernier, après 20 années passées à la rédaction étrangère de l’ats. Il continue à y assumer des remplacements. Benoît Studer, lui, a commencé son stage de journaliste en mai 2013 au sein de la rubrique économique. En quatre questions, voici deux regards – qui se rejoignent souvent – sur un univers professionnel qui les passionne.
Pourquoi avoir choisi l’ats pour exercer votre activité journalistique?
A. B.: J'ai commencé dans ce métier dans une radio locale, puis à Teletext. Après une expérience de trois ans dans un quotidien, et animé de l'envie de «voir ailleurs», il m'apparaissait intéressant de travailler pour le «producteur» de l'information, l'agence de presse, et par conséquent l'ats.
B. S.: D’une part, l’ats me semblait réunir toutes les facettes du travail journalistique, que ce soit par la couverture de l’agenda, mais aussi en offrant la possibilité de réaliser des articles plus «personnels» et «intemporels». Le format de la dépêche me convient en outre particulièrement, de par sa prétention à une certaine «objectivité». D’autre part, la sensation d’être au cœur de l’actualité, qu’elle soit suisse ou internationale, me motivait tout particulièrement.
Est-ce que la réalité quotidienne correspond à l’idée que vous vous faisiez de l’agence de presse?
A. B.: Après un temps d'adaptation durant lequel il a fallu gommer toute velléité de commentaire ou de critique sous-jacents, j'ai adhéré sans réserve aux bases du travail d'agencier (confirmations croisées de l'info, traitement équilibré, choix des formats selon l'importance du sujet…). Si les moyens techniques ont fortement évolué, les bases n'ont pas changé.
B. S.: Avant mon arrivée, je voyais l’agence de presse comme une grande machine parfaitement uniforme, aux pratiques codifiées à la virgule près. Or, je me suis rendu compte que s’il existe un canevas de base commun, une certaine marge d’appréciation est tout de même laissée à chacun, ce qui s’avère très agréable. Par ailleurs, et si cela me semble totalement naturel aujourd’hui, je ne savais pas que chaque information était systématiquement vérifiée, ce qui impose une certaine rigueur.
Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à l’ats?
A. B.: Même une baguette magique d'excellente qualité ne permettra pas de faire accepter à nos clients une augmentation des abonnements, ce qui permettrait à l'ats de créer quelques postes supplémentaires. La possibilité d'améliorer notre production d'éclairages, analyses ou autres reportages serait bienvenue, à la rubrique étrangère, qui m'est chère, notamment.
B. S.: En cas de «toute puissance», je doterais l’agence de moyens financiers considérables, afin qu’elle puisse renforcer chaque rubrique en personnel. Les journalistes pourraient ainsi plus facilement creuser des sujets et se consacrer à l’écriture d’éclairages nécessitant plusieurs jours de travail. Je ferais également en sorte que la rédaction italophone soit mieux intégrée au sein des deux langues majoritaires.
Quel sera à vos yeux le rôle de l’agence de presse dans le paysage médiatique suisse en 2030?
A. B.: Son rôle sera toujours directement lié aux besoins des clients, qui seront de moins en moins «papier» et de plus en plus numériques. Il est bien sûr indispensable que ses bases (sérieux, équilibre, neutralité...) ne changent pas, même si la rapidité deviendra un atout de première importance. Ses livraisons seront plus courtes, plus nerveuses, et plus nombreuses. L'ats ne sera pas pour autant tombée dans le piège de la rumeur.
B. S.: Selon moi, l’agence tiendra un rôle toujours plus prépondérant à l’avenir. Les journaux papier vont se raréfier et les portails d’information en ligne vont encore se développer, ce qui sollicitera encore plus l’ats, que ce soit en termes de contenu, mais surtout de rapidité. Les médias auront de moins en moins de moyens pour réaliser leurs propres productions, ce qui obligera l’agence à diversifier ses prestations, en offrant par exemple davantage d’interviews, de portraits, etc.
Béat Grossenbacher, rédacteur en chef adjoint
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